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Etant donné qu'elles font se rapprocher du Soleil
plus de corps qu'elles ne font s'en éloigner, la réaction qui en
découle est une tendance à l'élargissement des orbites des planètes
géantes. Ce mouvement est régulier et s'effectue sans heurt et sans
à-coup pendant des centaines de millions d'années, jusqu'à ce que,
six-cent-quarante millions d'années après l'achèvement de la construction
des planètes, Saturne se soit suffisamment éloigné de Jupiter pour
qu'il effectue un tour autour du Soleil en une durée double. Dans
une telle configuration, que l'on appelle résonance, Jupiter et
Saturne se croisaient toujours au même endroit sur leur orbite,
puisque l'un faisait deux tours autour du Soleil pendant que l'autre
n'en bouclait qu'un seul. A chaque rapprochement des deux planètes,
Jupiter imprime une modification dans l'orbite de Saturne, l'étirant
rapidement en ellipse, alors que jusque là les orbites des planètes
géantes étaient des cercles presque parfaits.
Saturne à son tour va perturber la planète qui la
suit, mais d'une manière beaucoup plus spectaculaire. Une centaine
de milliers d'années après l'entrée en résonance, Saturne est suffisamment
proche de la troisième géante pour l'envoyer valdinguer vers l'extérieur.
De cette manière, si Neptune avait été cette troisième planète,
elle aurait gagné sa position externe en dépassant Uranus. Pendant
cinquante millions d'années, les orbites des planètes gazeuses,
hormis celle de Jupiter, seront considérablement déformées, et les
dimensions du Système Solaire vont presque doubler. Uranus et Neptune,
envoyées au beau milieu de la ceinture externe de planétésimaux,
vont y semer la pagaille et les disperser. Bon nombre d'entre eux
seront éjectés vers le Système Solaire intérieur, provoquant un
bombardement massif ; on pense qu'en ce temps-là, il tombait un
objet d'un kilomètre de diamètre tous les vingt ans. Les traces
de ce bombardement tardif sont encore visibles sur les astres qui
ont pu les conserver : ce sont par exemple les mers de la Lune.
En perturbant les planétésimaux qu'elles croisent,
les planètes géantes vont voir leurs orbites se circulariser peu
à peu. Elles conserveront toutefois une excentricité, un aplatissement
assez marqué, témoignage de cette époque chaotique. Et enfin, sept-cent
cinquante millions d'années après l'instant zéro, celui de la sédimentation
des grains de poussière dans un fin disque équatorial, le Système
Solaire prit véritablement le visage qu'on lui connaît à présent,
et pour des milliards d'années encore.
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